Le théâtre d'Angélica Liddell explore toutes les facettes de la douleur dans une société qui va mal. Cette " anarchiste paradoxale " espagnole, comme elle se désigne elle-même, écrit des textes, les met en scène et les interprète - comme une furie. Pour elle, le plateau est le lieu de prédilection pour rompre avec le " pacte social ", mais aussi pour briser toutes les barrières et s'aventurer au-delà de la honte. Elle use de son langage cruel et poétique pour décrire dans " Maldito sea el hombre que confía en el hombre " des individus repliés sur eux-mêmes, privés d'amour, qui se rejoignent dans une haine et une méfiance partagées. Cette suspicion fondamentale nourrit à son tour le besoin de requalifier le monde.
Le titre de cette pièce est double : sa première partie fait référence au livre biblique du prophète Jérémie (" Maudit soit l'homme qui se confie dans l'homme "), tandis que la seconde partie est en français, la langue que Liddell a tenté de maîtriser au cours du processus de création. Le spectacle fait appel à des lettres de l'alphabet français, que l'artiste associe à des mots évoquant une enfance malheureuse. La pyrotechnie verbale et les exploits physiques, dont ceux de cinq acrobates chinois, forgent du grand art.