En lisant les biographies des pianistes de la plus jeune génération, vous observez un point commun : ils sont de plus en plus jeunes quand ils donnent leurs premiers concerts. Le pianiste américain Jonathan Biss a même fait ses débuts au Carnegie Hall avant sa naissance, car sa mère était une violoniste de premier plan qui s'y est produite alors qu'elle était enceinte de lui ! Les gènes musicaux se sont donc également exprimés chez lui et, après ses études auprès du gourou du piano Leon Fleischer, il a trouvé en peu de temps sa place parmi les dix meilleurs pianistes de sa génération.
Biss a récemment entrepris l'enregistrement de l'intégrale des sonates de Beethoven. Ce concert vous en offre un avant-goût avec l'ultra-célèbre " Mondscheinsonate " (Sonate au Clair de Lune). Seuls les grands pianistes sont capables de faire ressortir les nuances pianissimo infiniment subtiles de la mélodie mélancolique et des harmonies magiques. Ce n'est qu'après une telle interprétation que vous comprenez la comparaison poétique, faite par Rellstab, avec le monde nocturne au lac des Quatre Cantons et le souvenir qu'a laissé à Berlioz le coucher de soleil en Campanie. Beethoven se contenta de parler d'une " Sonata quasi una fantasia " pour évoquer une approche nouvelle, plus libre, de la sonate, avec certaines caractéristiques proches de l'improvisation. C'est entièrement dans cet esprit-là que Schumann a composé sa Fantaisie en do majeur. Dans la première partie il cite le lied de Beethoven " Nimm sie hin denn meine Lieder ", en guise d'hommage à son illustre prédécesseur.